Communiqué 20

Déclaration

 

 

TRAVAILLEURS SALARIES DE CÔTE D'IVOIRE OPPOSEZ-VOUS A LA TREVE SOCIALE

 

1er mai à la Présidence ou la célébration de la politique sociale d’Alassane Ouattara

 

Le 1er mai 2015, Alassane Ouattara, candidat à sa propre succession à la présidence de la république, a fait applaudir à tout rompre les bonzes syndicaux. Maniant la démagogie, le mensonge et le cynisme, il a fait miroiter aux travailleurs salariés des lendemains de bonheur : Déblocage général des avancements de salaires au 1er mai 2015, avancement chaque deux ans, valorisation de la prime de recherche pour les enseignants du supérieur et des chercheurs , etc. sont les principales promesses faites qui viennent s’ajouter selon Alassane Ouattara aux actions déjà réalisées depuis son arrivée au pouvoir à savoir une augmentation des revenus de ces salariés d’au moins 20% en moyenne. Quel beau tableau de la situation sociale au pays de Ouattara ? Il faut vraiment se moquer de l’intelligence du peuple pour présenter un tableau aussi reluisant de la situation du pays, alors que la promesse faite il ya quatre ans de créer un million d’emplois créés en cinq ans n’est toujours pas réalisée.

La préoccupation majeure d’Alassane Ouattara, la trêve sociale.

En écoutant Alassane Ouattara, il ya de quoi applaudir et lui donner un deuxième mandat, sans élections, car le bonheur des travailleurs est là tangible. Mais dit-il, en contre partie de ce bonheur « gracieusement offert aux travailleurs » ceux-ci doivent s’engager scrupuleusement à observer une trêve sociale. Le mot est lâché ; la trêve sociale. Voilà le véritable message du pouvoir aux travailleurs salariés en ce jour de commémoration de la journée du 1er mai, journée de luttes et de bilan des luttes. Arrêtez vos grèves, si non, vous n’aurez rien, lance Ouattara avec cynisme aux travailleurs salariés.

Les fonctionnaires de Côte d’Ivoire ont vécu le calvaire pendant plus de 27 ans du fait de la politique sociale antipopulaire des hauts bourgeois.

Les fonctionnaires doivent être fiers d’avoir obtenu le déblocage des salaires gelés depuis plus de 27 ans. Ce gel a débuté en 1988-1989 par Alassane Ouattara, alors coordonnateur de l’action gouvernementale puis Premier Ministre de l’autocrate Houphouët-Boigny. Ce gel des salaires a été dicté au pouvoir de l’autocrate par le FMI et la Banque Mondiale pour satisfaire les exigences de bailleurs de fonds. Pendant 27 ans le pouvoir d’achat de ces travailleurs s’est largement érodé au point où beaucoup d’entre eux, incapables de loger, nourrir, soigner et scolariser leurs progénitures ont perdu leur dignité de chefs de famille ; certains se sont retrouvés dans les bras des « margouillats » (usuriers de la pire espèce bien connus chez nous). D’autres enfin sont morts faute de pouvoir payer des soins médicaux Il n’ya donc pas de quoi pavoiser surtout pour celui qui a initié cette politique et qui par l’action des travailleurs est obligé de débloquer les salaires ; pour les salariés, l’effet du déblocage sur le niveau de vie est presque insignifiant ; c’est pourquoi à part les bonzes syndicaux, les fonctionnaires se demandent de quoi parle Ouattara quand il affirme que les fonctionnaires sont heureux, que leurs revenus ont augmenté de 20% ou que le déblocage des avancements est un grand cadeau. En fait les luttes des travailleurs ont obligé les pouvoirs successifs depuis 1990 à lâcher du lest, malheureusement sur des points pas toujours décisifs.

C’est la lutte des travailleurs qui a abouti au déblocage des salaires.

L’on se souvient, sauf Alassane Ouattara , des vastes mouvements de revendications sociales qui ont ébranlé le pouvoir de l’autocrate qui a été obligé d’augmenter certains salaires. Sous Konan Bédié et Gbagbo Laurent, ces mouvements se sont poursuivis. Malgré les tentatives de sabotage des luttes par les bonzes syndicaux, malgré la demande expresse et répétée de la trêve sociale, certains secteurs de la fonction publique, suite à leur mobilisation et au combat frontal contre ces gouvernements ont pu arracher quelque valorisation, très vite annihilée par l’inflation. Particulièrement sous le pouvoir de Gbagbo Laurent, les luttes de ces travailleurs (enseignants, personnel de la santé, etc.) ont permis d’obtenir des accords de revalorisation de salaires sous réserves de l’atteinte du point d’achèvement du programme pour Petits pays très endettés (PPTE). Ces accords ont été rappelés au pouvoir Ouattara dès son installation. Mais, le libéral Ouattara, ennemi des mouvements sociaux et des revendications, a sorti l’épée contre les grévistes. Ces derniers ont été gazés, bastonnés, ils ont subi des coupures de salaires qui n’ont pas été reversés pour certains jusqu’à ce jour du 1er mai 2015.

C’est avec cynisme que Ouattara demande la trêve sociale. Les travailleurs doivent y opposer un refus catégorique.

Je vous promets le bonheur, en contre partie arrêtez vos grèves ! dit Ouattara aux travailleurs.

La préoccupation primordiale est de savoir quelles garanties donnent Ouattara aux travailleurs pour les rassurer que ses promesses seront tenues ? En 2014 et 2015, plusieurs promesses de Ouattara pour l’amélioration des conditions de vie des fonctionnaires n’ont pas été tenues ; ce qui a été naturellement (les travailleurs n’ont que la grève pour se faire entendre) à la base de mouvements sociaux sévèrement réprimés par le pouvoir. Les travailleurs savent donc d’avance ce à quoi il faut s’en tenir.

Il faut également rappeler que la Banque Mondiale et le FMI sont les vrais gestionnaires des finances ivoiriennes sous les pouvoirs néocoloniaux comme celui de Ouattara. Nous savons que la croissance actuelle de la Côte d’ivoire (9% en moyenne depuis 3 ans) est réalisée grâce aux emprunts extérieurs dont les exigences priment sur toute autre considération. Historiquement, les salaires des fonctionnaires sont les premiers à être sacrifiés pour satisfaire à ces exigences. A y observer de près, Ouattara n’a aucune garantie et ne peut donner aucune garantie aux travailleurs. La trêve sociale est un chèque en blanc qu’il demande aux travailleurs.

Fonctionnaires de Côte d’Ivoire, les hauts bourgeois vous répriment quand vous leur rappeler par la grève les promesses faites. Alors rejetez la trêve sociale !

 

Abidjan le 12 mai 2015

Ekissi Achy

Secrétaire général