Communiqué 32

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire

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DECLARATION

LE PCRCI SE PRONONCE SUR LA SITUATION A L’UNIVERSITE

FELIX HOUPHOUËT-BOIGNY (F.H.B)

 

 

 

Les conflits latents et très souvent ouverts entre les étudiants au sujet de l’occupation des chambres en cités universitaires, au sujet de l’accès au restaurant universitaire, ou encore au sujet de la « gestion » des quais d’autobus de la Sotra ont tourné au drame le jeudi 19 novembre 2015. Les bagarres qui étaient en cours depuis plusieurs jours auparavant ont fait ce jour-là des blessés graves. Le jour d’après, l’un des blessés, KONIN Wilfried a succombé à ses blessures. Dans une déclaration en date du 23 novembre 2015, notre parti avait déploré ce mort de trop et exigé que justice soit rendue à cet étudiant, une nouvelle victime de la barbarie.

Depuis ces événements tragiques, le PCRCI observe que les autorités académiques s’accrochent à leurs décisions qui ne résoudront rien. Le gouvernement, quant à lui semble hésiter encore à s’engager à lutter contre l’impunité en décidant de l’ouverture d’une enquête aux fins de mettre aux arrêts, les meurtriers de KONIN Wilfried.

1.Le gouvernement commet une grave erreur en laissant pourrir la situation dans les universités, en particulier à l’université F.H.B.

Le « départ nouveau » qui était le slogan du gouvernement Ouattara lors de la réouverture des universités en 2012 semble désormais oublié. Car si le fameux départ nouveau ne concerne pas la lutte contre l’impunité des crimes commis depuis quelques années dans les milieux universitaires, c’est que tous les efforts tentés dans les autres domaines sont voués à l’échec.

Les décisions prises par le gouvernement Ouattara depuis 2012 concernant l’exercice des libertés en milieux estudiantin et scolaire semble s’inscrire dans une stratégie consistant à pousser les étudiants à la faute pour justifier l’adoption de mesure liberticides. C’est probablement cette stratégie qui motive le gouvernement à laisser la situation pourrir sans intervenir.

Cette énième bagarre entre les groupes d’étudiants a bien duré des jours avant que ne se produise le drame. Pourtant, depuis des mois la présence policière est dense sur le campus de l’Université F.H.B. Pourquoi la police ne s’est-elle pas interposée pour empêcher le drame ? Une réponse à cette question de la part du gouvernement s’impose.

2.La dissolution des organisations d’étudiants est anticonstitutionnelle

Plutôt que de proposer une enquête aux fins de mettre aux arrêts les meurtriers de KONIN Wilfried, les autorités académiques demandent la dissolution des organisations d’étudiants. Ces autorités se mettent ainsi en porte-à-faux avec la loi fondamentale qui stipule : « Chacun a le droit d’exprimer et de diffuser librement ses idées » (art. 10, alinéa 2) ; ou encore, « Les libertés de réunion et de manifestation sont garanties par la loi » (art. 11). Le pluralisme est constitutionnel est ne saurait être contrarié par le bon vouloir de quelques individus.

Cette précipitation à vouloir proposer la dissolution des organisations et d’attenter à la liberté d’organisation semble découler de la volonté des autorités académiques et même du gouvernement de réduire des secteurs entiers du peuple ivoirien au silence. Cette manœuvre a momentanément réussi dans les lycées et collèges. Dans les universités aussi les autorités académiques tentent depuis longtemps d’imposer aux étudiants comme leurs porte-paroles les « premiers de classe », mêmes si ces derniers sont opposés à toute idée de revendications, s’ils ne s’intéressent qu’à leurs intérêts égoïstes et pas à l’intérêt général.

Le succès temporaire des atteintes à la liberté dans les lycées et collèges ne sauraient être un encouragement à priver les étudiants du droit fondamental à la liberté, en particulier, à la liberté d’organisation.

3.La sanction d’exclusion ou de radiation à l’encontre de certains étudiants est arbitraire.

Quelle est l’enquête qui a déterminé que les étudiants membres ou dirigeants de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) ou de l’Association Générale des Etudiants et Elèves de Côte d’Ivoire (AGEECI) frappés par les sanctions sont les meurtriers de KONIN Wilfried ? Si les autorités académiques veulent couvrir la fuite des vrais meurtriers de KONIN Wilfried, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Ces autorités veulent couvrir l’impunité en tentant de brouiller le dossier du meurtre en prenant des décisions politiques et administratives.

Les autorités académiques doivent comprendre qu’il est totalement arbitraire et contraire au droit positif ivoirien de radier des étudiants au seul motif qu’ils sont militants ou dirigeants d’organisations d’étudiants. Il faut attendre les conclusions d’une enquête et une décision de justice.

4.Les autorités académiques ont l’obligation de résoudre d’abord les problèmes qui relèvent de leurs compétences

Les autorités académiques sont chargées de créer les conditions facilitant la formation des étudiants, d’assurer plus d’efficacité dans le fonctionnement des œuvres universitaires (transport, logement, restauration, etc.). Elles ne sont pas compétentes pour reconnaitre des meurtriers dans des mouvements de foules.

Les autorités académiques ont davantage pour obligation de solliciter les autorités compétentes pour rechercher les criminels et lutter contre l’impunité. Elles ont l’obligation de s’occuper plus sérieusement de résoudre les problèmes relevant de leurs compétences. Alors, il y aurait surement moins de tensions dans les universités et les causes premières des drames disparaitraient progressivement. Quelle est concrètement le bilan des actions des autorités universitaires dans les domaines de leur compétence ?

Les conditions de la formation continuent d’être décriées par les étudiants : insuffisance criarde de locaux, d’équipements et de matériels didactiques ; insuffisance d’enseignants ; etc.

Les œuvres universitaires fonctionnent dans une opacité telle que la débrouillardise se développe en milieu étudiant. Des chantiers de réfection de cités sont à l’arrêt depuis longtemps sans qu’on ne sache pourquoi. Cela limite le nombre de chambres. De ce fait la concurrence est âpre et tourne parfois à l’affrontement entre étudiants pour l’occupation des quelques chambres disponibles ; les critères d’attribution de ces quelques chambres sont opaques. Le transport des étudiants est mal organisé, d’où la persistance du phénomène de « gestion de quais d’autobus » par des groupes d’étudiants en vue de s’assurer l’accès à ces moyens de transport au détriment d’autres étudiants. Les étudiants se nourrissent dans des conditions très difficiles, ce qui provoque aussi des échauffourées lors de l’accès aux lieux de restauration.

Face aux nombreuses difficultés non solutionnées, face aux décisions des autorités qui ne peuvent résoudre la question des meurtres dans le milieu estudiantin, le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire :

1)Demande au gouvernement et aux autorités académiques de résoudre les problèmes dans les universités et sur les campus, d’éviter de laisser pourrir les situations dans les universités et attendre que l’irréparable se produise avant d’agir sans discernement et proposer de fausses solutions à de vrais problèmes ;

2)Condamne la dissolution des organisations d’étudiants et les sanctions aveugles contre des étudiants ; il demande l’annulation pure et simple de ces mesures ;

3)Exige du gouvernement l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur le meurtre de l’étudiant KONIN Wilfried en vue de sanctionner les coupables.

 

Fait à Abidjan, le 22 décembre 2015.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire

 

 

 

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte D’Ivoire