Communiqué 34

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire

Siège social : Williams ville Sogefiha Bat C, Appt H 264

17 BP 1096 Abidjan 17; Tel: 23 01 22 99 / 20 37 10 51

Email: pcrci@yahoo.fr

Site: www.revolutionproletarienne.net

 

 

A PROPOS DU PROCES DE GBAGBO ET DE BLE GOUDE DEVANT

LA COUR PENALE INTERNATIONALE

 

 

 

 

Le procès de Gbagbo et de Blé Goudé, après une valse de reports, a finalement commencé le jeudi 28 janvier 2016. Les deux prévenus ont décidé de plaider non coupable, c’est dire qu’ils sont sûrs de n’avoir commis aucun des délits qui sont mis à leur charge.

Face à ce procès, les opinions des Ivoiriens sont cristallisées en trois groupes. Certains estiment que Gbagbo et ses partisans sont les seuls responsables de toute la violence réactionnaire qui a déferlé sur le pays ces quinze (15) dernières années et espèrent la condamnation de Gbagbo pour servir d’exemple et soulager les victimes. D’autres pensent quant à eux que Gbagbo n’a rien fait de grave, qu’il est plutôt victime d’un « complot » et qu’il mérite en conséquence d’être purement et simplement relaxé ; ces derniers ajoutent que c’est la seule condition de la « réconciliation » souhaitée entre les Ivoiriens. Enfin, d’autres encore estiment que les citoyens impliqués à des degrés divers, commanditaires ou exécutants, dans les atrocités vécues dans notre pays depuis 2000, avec un paroxysme en 2011, doivent rendre compte devant la justice ivoirienne, quels que soient leur statut social, rang et bord politique, que cela se fasse maintenant ou plus tard.

Ce dernier point de vue est celui que partage le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire (PCRCI) ; c’est ce qui l’avait amené à dénoncer en son temps le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Cour Pénale Internationale (CPI) et avait estimé qu’il s’agissait d’une grave faute politique du pouvoir Ouattara. Le PCRCI a écrit en effet, le 28 décembre 2011 : « ….. Le parti communiste ne s’oppose donc pas à la traduction de tous les mis en cause devant les tribunaux. Il ne s’oppose pas au fait que Laurent Gbagbo, à l’instar de tous les autres citoyens ivoiriens, ait à rendre compte de ses actes. Toutefois, ce que le parti communiste condamne, c’est le transfèrement de Laurent Gbagbo au Tribunal Pénal International. Trois raisons sous-tendent notre opposition à ce transfèrement. La première raison, c’est que les autorités ivoiriennes viennent de démontrer une fois encore qu’elles ne tiennent pas à préserver la souveraineté de notre pays. Les dirigeants des pays qui savent l’importance de la défense de la souveraineté nationale et populaire n’osent pas extrader vers un autre pays leurs ressortissants ordinaires, à plus forte raison un ancien président de la république. La deuxième raison, c’est qu’un procès de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire serait très instructif pour le peuple, car il lui permettrait de comprendre le pan de son histoire qui court depuis 2000, en participant au débat national nécessaire autour de la question de l’impunité dans notre pays. Ce serait la meilleure façon de donner au peuple les moyens de surmonter ses contradictions. Le fait d’éloigner Gbagbo de la Côte d’Ivoire ne constitue en rien une solution aux maux dont continue de souffrir ce pays. La troisième raison est que le Tribunal Pénal International (TPI) s’apparente, jusqu’à ce jour, à un bagne pour ressortissants de pays dominés d’Afrique notamment, comme l’indique la liste des mis en cause devant ce tribunal…… ».

Pour être plus précis, la question est simple et peut être formulée comme suit : tous les citoyens ivoiriens impliqués dans les atrocités depuis au moins l’année 2000, doivent-ils oui ou non rendre compte devant la justice ? La réponse raisonnable est OUI. Ceux qui répondent par la négative en tentant de mettre Gbagbo et ces proches au-dessus de la loi, ne sont certainement pas conscients de l’importance de la consolidation de l’état de droit en Côte d’Ivoire et de la nécessité de lutter contre l’impunité des crimes politiques et économiques pour un avenir meilleur de la Côte d’Ivoire.

Le cours des événements marqué par une influence déterminante des forces extérieures dominatrices symbolisées par l’intervention de l’armée française pour départager les protagonistes du conflit électoral ivoirien de 2011, puis le transfèrement de Laurent Gbagbo à la Haye, est la conséquence du fait que le peuple ivoirien n’a pas encore réussi à se donner un pouvoir soucieux de la sauvegarde de la souveraineté. En effet, les pouvoirs successifs des hauts bourgeois qui dirigent notre pays jusqu’ici confient la résolution des questions de souveraineté aux puissances extérieures (questions monétaires, militaires, etc.). Ces pouvoirs sans exception confient la surveillance du pays à l’armée française.

Le peuple ivoirien doit rapidement prendre conscience de la nécessité d’intensifier sa lutte pour l’état de droit, pour un pays émancipé, rejetant la domination extérieure. Telles sont les conditions essentielles pour sortir des débats sur la partialité ou l’impartialité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) ou du gouvernement français dans le conflit politique que nous avons connu.

Ni l’ONU, ni la CPI, ni les puissances impérialistes notamment la France ne sont impartiales dans leurs interventions dans les conflits en Afrique. A titre d’exemples, l’ONU n’a pas été impartiale au Congo Léopoldville en 1961, en Libye en 2011, en Côte d’Ivoire depuis 2004.

Pour éviter la réédition de ce qui s’est produit en avril 2011 et les mois suivants, le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire appelle le peuple ivoirien à intensifier sa lutte pour obtenir le départ des bases militaires étrangères de notre pays, pour mettre en place un état de droit, pour ériger l’imprescriptibilité des crimes politiques en loi. Alors, nous ne subirons plus ni agressions extérieures, ni guerres civiles réactionnaires. Nous garantirons ainsi la possibilité de poursuivre la lutte contre l’impunité aussi longtemps que nécessaire et aucun tortionnaire ne dormira tranquille.

Fait à Abidjan, le 3 février 2016.

 

Parti communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte D’Ivoire