Communiqué 7

Situation nationale

QUAND LES HAUTS-BOURGEOIS IVOIRIENS AU POUVOIR ET NON AU POUVOIR ERGOTENT SUR L’INSURRECTION

 

L’annulation par le RHDP de sa manifestation qui était prévue pour le 15 mai 2010 a donné l’occasion aux dirigeants de cette coalition de partis et à ceux qui sont au pouvoir d’ergoter sur l’insurrection. Des idées totalement fausses ont ainsi été émises sur ce droit auquel les peuples opprimés ont recours pour leur émancipation lorsque toutes les autres possibilités sont fermées par les dictatures et toutes autres sortes de pouvoirs iniques.

Bien qu’il y ait à boire et à manger dans le communiqué du RHDP en date du 12 mai 2010, relatif au report, personne n’aurait trouvé à redire si les dirigeants du RHDP s’étaient limités à ce communiqué, car nul ne peut denier à des forces politiques qui ont programmé une action le droit de l’annuler sine die. Mais lorsque les responsables de ces forces politiques éprouvent en plus le besoin d’ergoter sur l’insurrection ils autorisent qu’on leur apporte la réplique pour rétablir sur la question, la vérité historique en ce qui concerne la Côte d’Ivoire. En effet, il ne nous paraît pas indiqué de boucher toutes les issues de la lutte du peuple ivoirien. Nous avons écouté Bédié décliner sur tous les tons dans les médias nationaux et étrangers son horreur de l’insurrection, allant jusqu’à dénaturer l’action que lui et ses amis politiques avaient envisagée d’un commun accord. Il estime que la jeunesse de son groupement politique projetait une insurrection, c’est peut-être vrai ; il est le mieux placé pour savoir ce que veut faire sa jeunesse. Mais cette dénonciation est venu à contre temps dans la mesure où la préparation de la marche a commencé depuis le mois de mars 2010.

Le refus de l’insurrection par Bédié repose sur les deux arguments suivants : (i) il est houphouétiste et donc pacifiste ; (ii) il ne veut pas perturber les Assemblées Annuelles de la Banque Africaine de Développement (BAD). Le dernier argument ne mérite pas qu’on s’y attarde, la BAD est partie de la Côte d’Ivoire parce qu’il y avait des problèmes politiques non résolus. Ces mêmes problèmes demeurent. On peut alors se demander si c’est la BAD qu’on veut tromper ou si c’est le peuple ivoirien. De toutes les façons, le peuple n’a jamais demandé le départ de la BAD. Concernant le premier argument, il est utile de passer en revue l’histoire du pacifisme et de l’insurrection en Côte d’Ivoire.

 

1°) La peur de l’insurrection est le fait de pouvoirs devenus antipopulaires.

 

Ce type de pouvoirs, opposé à toute forme d’expression démocratique, en arrive à développer une mythologie de l’insurrection. C’est ainsi que des marches faisant l’objet d’information des autorités, de demande d’encadrement par les forces de l’ordre et d’une définition précise d’un itinéraire sont requalifiées en insurrections en raison de la fébrilité qui s’empare des pouvoirs incapables d’accéder à la moindre revendication populaire.

Les mouvements de protestations de grande envergure dans notre pays depuis 1990 peuvent être rangés en trois catégories.

Première catégorie : les mouvements de protestation précédés d’une information des autorités.

Appartiennent à cette catégorie la manifestation du 18 février 1992 ; les manifestations de fin 1999 ; la manifestation de mars 2004. Ces manifestations ont pourtant été durement réprimées, celle de mars 2004 a même été noyée dans le sang. Ces mouvements ont été qualifiés d’insurrectionnels par les tenants du pouvoir alors qu’ils visaient à leur demander la satisfaction d’une revendication, à savoir, la punition des militaires assassins d’étudiants en 1991, la reconnaissance de la nationalité ivoirienne de monsieur Ouattara en 1999, l’application des accords de Linas Marcoussis en 2004.

Deuxième catégorie : les mouvements de protestation dus au ras-le-bol et sans information préalable des autorités.

Sont à ranger dans cette catégorie les manifestations pour le multipartisme en 1990 ; le boycott actif de l’élection présidentielle de 1995 ; les mouvements de novembre-décembre 2000 réclamant l’éligibilité d’Alassane D. Ouattara ; les mouvements contre les blocages du processus d’identification en 2006 et en février 2010. Les mouvements de grèves des chauffeurs. Ces mouvements ne posaient pas la question du pouvoir d’Etat. Lorsque le multipartisme fut concédé le 30 avril 1990, les manifestants ont quitté les rues. Personne ne peut dire ce qui se serait passé si le pouvoir n’avait pas accédé à cette demande. En 1995 et 2000, les protestations étaient dirigées contre la tenue d’élection avec exclusion de certains prétendants qui ne demandaient qu’à s’inscrire dans l’ordre constitutionnel. Mais dans tous ces cas, les présidents Houphouët-Boigny en 1990, Bédié en 1995 et Gbagbo en 2000, 2006 et 2010 ont crié à l’insurrection. Les mouvements ont été durement réprimés. Ceux de 2000 ont été noyés dans le sang ; ceux de 2006 et 2010 ont fait de nombreux morts.

Troisième catégorie : les mouvements insurrectionnels

Il s’agit de ceux de décembre 1999, d’octobre 2000 et du 19 septembre 2002. Le coup d’Etat militaire du 24 décembre 1999 était une insurrection de même que l’appel qu’avait lancé le président Bédié à toute la population l’invitant à faire barrage au coup d’Etat. En octobre 2000, deux candidats à la présidentielle, Guéi et Gbagbo se sont proclamés vainqueurs. L’affaire devait être tranchée par la cour constitutionnelle. Mais, le dernier cité a lancé un appel au peuple et à l’armée qui l’ont porté au pouvoir. Ce pouvoir est légitime, mais il s’agit d’un pouvoir insurrectionnel. En septembre 2002, l’objectif du mouvement était de prendre le pouvoir, cela a été écrit et diffusé, mais l’insurrection a échoué.

 

 

2°) La mythologie du pacifisme a la peau dure dans notre pays.

 

La manifestation qui était prévue pour le 15 mai 2010 a les caractéristiques de la première catégorie de manifestations indiquée ci-dessus. Les autorités ont été dûment informées et avaient l’obligation d’encadrer la marche. Au lieu de cela, elles ont crié à l’insurrection. Déjà le 29 avril 2010, Aboudrahamane Sangaré, vice-président du FPI indiquait que « le RHDP prépare une insurrection » (Le Nouveau Réveil du 28 avril 2010). Cela se comprend bien évidemment de la part d’un pouvoir qui ne veut pas organiser des élections que la majorité des Ivoiriens réclament depuis 5 ans. Un pouvoir qui s’est mis dans une position aussi inconfortable ne peut qu’avoir peur du peuple, surtout de la mobilisation évidente qui s’annonçait.

Que le pouvoir FPI, contre toute évidence, déclare que la demande d’organisation d’élections démocratiques à lui adressée est insurrectionnelle, cela est logique. Cela l’est beaucoup moins lorsque cette même qualification est adoptée par l’opposant Bédié sous le manteau du pacifisme. C’est le lieu d’indiquer que la Côte d’Ivoire n’a jamais connu de président pacifiste. Cette affirmation est une évidence pour les trois derniers présidents : Bédié, Guéi et Gbagbo. C’est à propos d’Houphouët-Boigny qu’un mythe existe. Il suffit pourtant de relire les discours de ce dernier entre 1945 et 1970 pour s’apercevoir qu’il n’y a pas l’ombre de pacifisme. Le pouvoir post colonial dont il a hérité était le fruit des mouvements insurrectionnels de Treichville, de Dimbokro, d’Agboville, etc., qui ont désarçonné le système colonial français dans notre pays. Ce système a ainsi craint la répétition de la victoire des révolutionnaires vietnamiens, des combats acharnés contre l’ordre colonial en Algérie, à Madagascar, au Cameroun, etc. Houphouët-Boigny a toujours dit et répété qu’il n’était pas révolutionnaire, mettant en avant sa richesse. Il est d’ailleurs notable qu’en 1925, il était à la tête d’au moins 300 ha de cacao et café. Alors, dès après la deuxième guerre mondiale, il pouvait profiter de l’ouverture du marché capitaliste du fait de l’affaiblissement du système colonial. L’histoire indique que Houphouët-Boigny n’a commencé à parler de pacifisme qu’après 1971, soit après l’écrasement complet de son opposition politique.

L’histoire des peuples retient pour l’essentiel la lutte comme moyen de sortir de l’oppression et de l’exploitation. Les oppresseurs n’acceptent de négocier que quand les opprimés luttent et sont en passent de vaincre. L’histoire ne comporte pas de témoignages de libération sans luttes. Il est fort probable que le tournant actuel de l’histoire de notre pays confirme cette donnée historique.

C’est pourquoi si les hauts bourgeois ivoiriens au pouvoir et non au pouvoir ont promis des élections au peuple comme solution pour sortir des souffrances, il est de droit qu’après cinq années d’attente, le peuple réclame la tenue de ces élections-là. Il est donc curieux de voir qu’au lieu d’entendre les gémissements du peuple, de comprendre la légitime colère du peuple, ces hauts-bourgeois aient choisi d’ergoter sur l’insurrection. Le peuple est donc averti. Il doit préparer l’insurrection, la vraie par ses propres moyens ; c’est un droit universellement reconnu.

 

 

Fait à Abidjan le 25 mai 2010

Pour Le Comité Central

Le Secrétaire Général

EKISSI Achy

 

 

 

 

 

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte D’Ivoire