Communiqué 8

Opération Flamme de la Paix

 

DECLARATION RELATIVE A LA « FIN DE LA GUERRE »

 

 

Le lundi 30 juillet 2007, la ville de Bouaké a été le cadre d’une manifestation que les tenants du pouvoir ont baptisée « flamme de la paix » ou « bûché de la paix ». Cet événement est une étape du désarmement et de l’unification des forces militaires ivoiriennes en vertu du chronogramme de mise en œuvre de l’accord de Ouagadougou signé le 4 mars 2007. Cet événement a suscité de l’espoir chez de nombreux Ivoiriens qui le considèrent comme une chance pour la sortie de la guerre ou même de la crise. Cette attitude est compréhensible compte tenu des souffrances endurées par le peuple depuis des années. Mais, en réalité, cet acte n’est que symbolique

 

Faut-il continuer à penser que seule la bonne volonté des "ex-belligérants" permettra de mettre fin à la situation de belligérance et de crise ? La réponse est non ! Les belligérants n’ont pas encore montré leur ferme volonté dans ce sens. Il est, bien sûr, difficile de savoir si, en dehors de la fête organisée à Bouaké, prolongée à Yamoussoukro et à Abidjan, par les refondateurs et les forces nouvelles, cet événement a débloqué psychologiquement les acteurs de la guerre pour qu’ils déposent effectivement les armes. Seuls les prochains jours permettront de donner une réponse précise à cette préoccupation. Au niveau des faits, le grand retard accusé dans la mise en œuvre du chronogramme de Ouagadougou et surtout l’absence d’empressement des acteurs (le gouvernement vient d’être mis en vacances pour trois semaines) n’incite pas à l’optimisme. La farouche résistance des tenants du pouvoir FPI à la résolution des vrais problèmes du peuple, à savoir, la tenue des audiences foraines, l’identification, la délivrance des cartes d’identité et des cartes d’électeurs est une attitude de nature à atténuer l’optimisme le plus béat. De plus, la référence constante du président de la république à la constitution, source de tous les conflits, indique qu’il reste beaucoup à faire sur le chemin de la sortie de crise.La limitation des libertés politiques demeure la seule protection des tenants du pouvoir qui redoutent le débat politique. Le vendredi 3 août dernier, les dirigeants du Parti la Renaissance dont son président, ont failli être assassinés parce qu’ils projetaient de tenir un meeting à Yopougon.

 

 

 

Ainsi, des groupuscules de jeunes, tenus en laisse par les caisses noires du pouvoir FPI continuent d’agresser sans que les autorités ne prennent la moindre mesure. Il est certainement logique que des jeunes, à qui le pouvoir est incapable d’offrir un travail valorisant, agissent par instinct de survie pour défendre le pouvoir en place synonyme de pérennité des caisses noires, leurs seules sources de revenus. Mais que la police alertée refuse d’agir, est le signe que les proclamations de bonnes intentions des tenants du pouvoir n’ont pas encore amélioré la situation politique du pays.

 

1.La fin de la guerre est proclamée mais les entraves à l’émancipation du peuple restent intactes

 

Un seul aspect nous paraît intéressant dans ce qui s’est passé à Bouaké. Le président Gbagbo a répété plusieurs fois cette phrase sacramentelle : "la guerre est finie". Depuis juillet 2003, pour les chefs militaires, la guerre était finie, mais le président Gbagbo avait rabattu la joie de tous en prenant le contre-pied de cette déclaration et en indiquant que la guerre était loin d’être finie. Cela a permis au pouvoir FPI de continuer à se cacher derrière le prétexte de la guerre pour laisser perdurer les crimes politiques et économiques, la dégradation des conditions de vie et de travail, de laisser le pays plonger dans la ruine. Maintenant qu’il a proclamé la fin de la guerre, le peuple est en droit de le prendre au mot. C’est pour cela que tous les mouvements en cours dans différents secteurs sont légitimes, légaux et méritent d’être soutenus. Le mouvement des médecins et celui des soldats sont les plus récents de ces mouvements revendicatifs. Ces mouvements bien que salutaires resteront insuffisants s’ils ne s’attaquent pas aux causes politiques profondes des souffrances qu’endure le peuple. Ces causes politiques profondes sont nombreuses. La principale cause nous semble être le maintien en l’état de la constitution antidémocratique de 2000.

 

L’accord de Ouagadougou a-t-il oui ou non abrogé ou suspendu la constitution ? Rien d’explicite n’est dit à ce propos. Or tant que la constitution et le code électoral resteront en vigueur, la paix restera une vue de l’esprit, car ces textes codifient l’injustice et sont la source du déni de la citoyenneté à des millions d’Ivoiriens. La pratique politicienne du droit du sang qui conduit à la catégorisation des citoyens en ceux qui ont tous les droits civils et politiques et ceux qui ne les ont pas demeure une des principales sources des conflits ; tant qu’il en sera ainsi, les incantations sur la paix ne changeront pas grand-chose à la situation. Par ailleurs, l’accord de Ouagadougou comporte de nombreuses ambiguïtés et son application donne à penser que les clauses secrètes sont plus importantes que les clauses révélées au peuple. La partie révélée de cet accord n’est d’ailleurs pas appliquée comme convenu. Deux points seulement ont été exécutés : la formation du gouvernement et la suppression de la zone de confiance. Les autres points ne sont pas abordés ou s’ils le sont, c’est de la poudre qui est jetée aux yeux du peuple : c’est le cas du démantèlement des milices à l’ouest du pays ; c’est aussi le cas de la « flamme de la paix » à Bouaké, opération destinée à désarmer les rebelles. De toutes les façons, le simulacre du désarmement des milices à Guiglo laissait présager la répétition du simulacre à Bouaké.

 

Les points suivants ne sont pas encore abordés à cinq mois de l’échéance des dix mois fixée dans l’accord de Ouagadougou pour l’organisation des élections sensée être le couronnement de tout le processus. Ces points non entamés sont : (i) le redéploiement de l’administration ; (ii) l’enrôlement en vue de l’inscription sur la liste électorale et de l’identification ; (iii) l’unification des forces en présence et l’enrôlement pour le service civique ; (iv) l’établissement de la liste électorale ; (v) l’établissement et la distribution des nouvelles cartes nationales d’identité et des cartes d’électeurs à partir de la liste électorale.

 

La Commission électorale indépendante (CEI) vient de décider de partir de la liste électorale de 2000 pour confectionner celle de 2007-2008. Mais cette commission a déjà trébuché lors de ce premier pas. Les seuls partis politiques destinataires de la liste sont les signataires de l’accord de Linas Marcoussis. Les militants des autres partis sont donc exclus du droit de contrôle sur les listes. Plus grave, la CEI ignore que les Ivoiriens "sans partis" sont très nombreux et que ceux-ci ne se rendront pas dans les sièges des partis choisis pour vérifier leur inscription sur la liste électorale. Cette pratique a un nom, l’opacité.

 

2. La proclamation présidentielle de la fin de la guerre et les revendications des masses populaires

 

La guerre est finie. Il n’y a donc plus de raison de maintenir l’Etat d’exception en cours depuis 2000, Etat d’exception accentué depuis le 19 septembre 2002. Toutes les libertés sont bâillonnées depuis bientôt huit ans. Cela a permis à la maffia de prospérer. Les filières café et cacao, coton, mines, hydrocarbures et les rackets en tous genres ont donné naissance à une nouvelle bourgeoisie cupide et arrogante. Aux dires des dirigeants du pays, les finances publiques ivoiriennes ne se sont jamais aussi bien portées depuis plusieurs années. Et pourtant le peuple croupi dans la misère. Où sont donc passées toutes les richesses créées ? Certainement, dans les poches des maffieux. Objectivement, cette maffia ne regrettera pas qu’il y ait eu la crise politique et sa continuation, la guerre réactionnaire.

 

Une partie du peuple avait pourtant cru en des transformations en sa faveur. Mais, à son grand désespoir, le café et le cacao des paysans n’ont pas été achetés à 3000 FCFA le kilo comme l’avait promis une démagogie débitée entre 1988 et octobre 2000. Les paysans sont ainsi revenus de leurs illusions depuis longtemps. Les travailleurs salariés à qui des trêves sociales ont été imposées depuis octobre 2001, avec la promesse de "dix ans de bonheur" ont serré la ceinture, participé à l’effort de guerre en acceptant des ponctions sur leurs maigres salaires bloqués depuis au moins 20 ans. Les étudiants sont tués, violentés, rackettés par la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) au nom de la guerre et de la "résistance patriotique". Maintenant que le président de la république a déclaré à la face du peuple que la guerre est finie, le peuple est en droit d’exiger la levée de toutes les restrictions des libertés politiques, syndicales et économiques sur toute l’étendue du territoire national.

 

La démocratie révolutionnaire qui est constamment à l’écoute des revendications populaires a synthétisé celles-ci et fait à présent des propositions d’éléments susceptibles de donner de la consistance aux dossiers de revendications sociales par la prise en compte des revendications politiques.

 

2.1 Revendications politiques

 

Elles tiennent en plusieurs points dont les principaux sont énumérés ci-après.

 

1) Fin de la guerre

 

La fin de la guerre est proclamée, mais cela ne veut pas dire que les profiteurs de l’économie de guerre vont lâcher prise si facilement ; la pression populaire est encore nécessaire pour briser totalement les résistances des partisans de la guerre réactionnaire.

 

 

2) Elargissement de la liberté politique et de la liberté de produire

 

La liberté politique est conditionnée par le démantèlement des milices, le désarmement effectif de toutes forces combattantes ; elle l’est également par la suppression des caches d’armes et des salles de tortures dans les cités universitaires ; elle l’est aussi par la suppression des corridors, des barrages routiers et du racket. Il convient d’insister sur la suppression de tous les corridors et partant de tous les abus (atteintes aux droits les plus élémentaires, extorsions de fonds, abus sexuels, etc.).

 

La liberté de produire doit permettre aux paysans chassés des zones forestières de regagner leurs terres et leurs plantations ; la liberté de produire exige aussi l’arrêt de la destruction des entreprises et des ateliers d’artisans, en particulier la "casse" où sont vendues des pièces de rechange d’occasion de véhicules.

 

La suppression des entraves au libre exercice du droit à la citoyenneté et à la souveraineté est primordiale : les Ivoiriens sont par la volonté politique des forces rétrogrades, des sans papiers dans leur propre pays ; cela est intolérable et doit prendre fin le plus rapidement possible. Il devient alors urgent d’abroger la constitution actuelle et d’élaborer une constitution démocratique qui proclamera, entre autres, que tout Ivoirien est électeur et éligible.

 

La promotion de l’Etat de droit est un impératif : des pans entiers et les plus importants de l’appareil judiciaire sont au service de groupes maffieux qui commettent d’innombrables crimes politiques et économiques sans être inquiétés ; les auteurs des crimes sont pourtant, la plupart du temps, bien identifiés ; ils clament partout : « on va vous tuer et il n’y aura rien ». Et ils violentent et tuent effectivement en toute impunité.

 

La confection de la liste électorale doit associer tous les militants de tous les partis politiques, tous les citoyens Ivoiriens et pas seulement les militants des partis signataires de l’accord de Linas Marcoussis. Il est donc impérieux que la liste de 2000 soit remise, sur papier et sur support électronique, à tous les partis politiques sans exclusive, qu’elle soit disponible pour consultation et réclamation dans les CEI locales.

 

La tenue d’élections assurant la souveraineté populaire est conditionnée par la satisfaction des revendications ci-dessus, mais également par une lutte acharnée contre les immixtions des puissances impérialistes qui tentent de faire barrage à l’expression de la souveraineté du peuple ivoirien.

 

2.2 revendications économiques et sociales

 

Quelques mois après la prise du pouvoir par le FPI, il a été demandé aux travailleurs d’accepter une trêve sociale pendant trois ans afin qu’ils bénéficient, en retour, de dix (10) ans de bonheur. Dans la pratique, la trêve a été périodiquement reconduite de force ; les travailleurs ont même été soumis à des ponctions sur leurs salaires dès le déclenchement de la guerre réactionnaire le 19 septembre 2002. Le plus ahurissant est que certaines rémunérations ont été augmentées sans cesse. Les députés ont bénéficié de hausses substantielles de leurs indemnités ; tous ceux qui ont la possibilité, par une simple décision, d’inverser les résultats des votes sont mis au beurre. Des groupes fascisants sont entretenus à coups de millions ; les fonds publics détournés à ciel ouvert sont simplement passés à pertes et profits ; les transhumants politiques, en général dans les bonnes grâces des tenants du pouvoir, sont grassement rémunérés. Les travailleurs salariés et les paysans sont donc les sacrifiés de la nation

 

Le pays est donc à deux vitesses. Les tenants du pouvoir et leurs affidés sont sans soucis. Par contre, le peuple croupi dans la misère noire. Le chômage est le lot de nombreux citoyens, ceux qui ont encore un semblant d’emploi ont des rémunérations bloquées depuis des années. Ces rémunérations sont, de surcroît, rongées par les augmentations intempestives des prix.

 

La faiblesse des revenus ne permet pas aux travailleurs salariés et aux paysans de vivre des fruits de leurs efforts, le rythme des augmentations de prix des denrées de premières nécessités étant vertigineux. Les prix du pain, du gaz ont récemment enregistré des augmentations de 20 et 15%. Les soins de santé sont inaccessibles au peuple. Les structures sanitaires sont désaffectées et ressemblent davantage à des mouroirs. L’assurance maladie universelle qui avait été annoncée pour faciliter l’accès de la population aux soins de santé n’a été qu’une de ces promesses pour exciter les naïfs. L’école publique décline chaque année en dépit de la promesse de l’école gratuite. Cette promesse d’école gratuite apparaît comme un écran de fumée derrière lequel prospèrent les écoles privées boutiques qui rançonnent les parents d’élèves. Le droit légitime des enfants à l’instruction et à la formation est donc foulé au pied.

 

Les principales revendications économiques et sociales des travailleurs salariés, des paysans, des artisans, des jeunes sont donc à l’heure actuelle les suivantes :

 

1) la revalorisation des salaires et des pensions

2) le paiement d’un juste prix aux paysans par la réduction des ponctions sur les revenus agricoles ; la suppression des nombreuses structures de "régulation" qui écument la filière café-cacao ; la mise en place d’une seule structure contrôlée par les paysans eux-mêmes ;

 

3) la sécurisation des lieux de travail des artisans par les pouvoirs publics ;

 

4)l’amélioration des conditions de vie et de travail dans les universités et les écoles ;

 

5)la prise de sanctions exemplaires contre les auteurs de détournements de fonds publics.

 

3.Les mots d’ordre pertinents

 

Il est donc intéressant de constater que les travailleurs ont déjà tiré les conséquences de la fin proclamée de la guerre et posent, comme il se doit, leurs revendications laissées en veilleuse pendant trop longtemps. Mais pour accroître les chances de voir aboutir ces revendications et initiatives sectorielles, il importe que celles-ci qui sont pour l’instant essentiellement sociales soient de plus en plus élaborées et qu’un lien soit établi avec les revendications politiques. Il faut craindre que de nouvelles "élections calamiteuses" replongent les travailleurs et l’ensemble du peuple dans un nouveau cycle de misère si l’issue révolutionnaire ne triomphe pas.

 

Le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire (PCRCI) soutient ces initiatives de lutte des travailleurs et appelle à les poursuivre. La conjugaison des luttes économiques et politiques facilitera l’obtention des résultats sociaux tangibles, fera reculer la tendance à la fascisation du pouvoir en place, mettra réellement fin à la guerre civile réactionnaire qui persiste et permettra de vaincre tous les autres plans de guerre de la bourgeoisie et de l’impérialisme international.

 

Cette vision que prône le PCRCI n’est réalisable qu’avec la mobilisation des travailleurs salariés, paysans, artisans, jeunes, démocrates, à l’instar de ce qu’il a été donné de voir lorsque du temps du gouvernement Banny, tout le peuple s’est insurgé contre les obstacles aux audiences foraines ; la victoire était presque acquise lorsque les forces politiques qui ont peur des luttes populaires se sont interposées à la grande satisfaction du pouvoir FPI. Le peuple doit cesser de croire qu’il existe des sauveurs suprêmes capables de résoudre ses problèmes sans lui. L’expérience des dix sept derrières années de luttes indique à souhait que les "sauveurs suprêmes" annoncés ou qui se sont annoncés ne sont que des imposteurs. Il en est ainsi et en sera toujours ainsi de tous ceux qui, s’estimant braves comme dans les séries américaines, prétendent résoudre les problèmes des peuples sans la participation de ces derniers.

 

Enfin, le PCRCI invite, le peuple dans son ensemble, à sortir des sentiers battus pour s’engager dans la voie de la réalisation de l’issue révolutionnaire à la crise en cours. Seule cette issue révolutionnaire est à même de mettre fin à la dépravation des mœurs, de favoriser l’instauration d’une nouvelle éthique politique et sociale, l’adoption d’une constitution démocratique, la tenue d’élections permettant l’expression de la volonté populaire, en un mot la mise en place d’une république démocratique moderne.

 

 

Fait à Abidjan le 16 août 2007

Pour le Bureau Politique.

Le Secrétariat Général

 

 

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte D’Ivoire