L'USYPACI

Le mouvement paysan en marche

L'USYPACI EN MOUVEMENT

Avant la Conférence mondiale sur le cacao prévue du 19 au 23 novembre 2012 à Abidjan, l’Union Syndicale des Paysans de Côte d’Ivoire, en abrégé USYPACI a convoqué en un Forum National, les paysans de Côte d’Ivoire à Yamoussoukro les 15 et 16 novembre 2012. L’objectif du Forum National était de réfléchir sur les conditions de travail et de vie des paysans de Côte d’Ivoire en général, d’adresser au Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire les attentes spécifiques des producteurs de cacao au moment où d’importantes décisions vont être prises au sujet de l’économie cacaoyère mondiale. Ledit Forum National a rencontré un écho retentissant et a réuni aussi bien des paysans que des personnes intéressées par les questions de l’agriculture en général et de l’économie cacaoyère en particulier.

Quelques centaines de paysans ont effectivement participé à ce Forum. Ont également participé au Forum : 1. les autorités coutumières de Yamoussoukro ; 2. des responsables d’organisations syndicales de paysans ; 3. des responsables d’organisations syndicales de travailleurs salariés ; 4. des responsables d’associations membres du Forum Social Mondial ;

 

5. des spécialistes des questions agricoles et spécialement du cacao.

 

A l’issue des travaux, le Forum National des paysans de Côte d’Ivoire a fait les observations suivantes : 1- L’économie cacaoyère fait face à de nombreuses menaces sur sa pérennité. Elle est menacée par la réduction des surfaces cultivables. Elle est exposée à l’impact négatif du changement climatique et au vieillissement des arbres. Elle est menacée par l’absence d’un code foncier sécurisant pour les producteurs. 2- L’économie cacaoyère est, en outre, menacée par les maladies, et est confrontée à la difficulté du maintien de la qualité des fèves. 3- Les 400.000 producteurs de cacao de Côte d’Ivoire font une éminente contribution à la production mondiale de cacao ; les chiffres officiels récents de production sont les suivants : 1.510.664 tonnes pour la campagne 2010-2011 et 1.475.787 tonnes pour la campagne 2011-2012. Au niveau des exportations, les chiffres sont les suivants : 1.440.610 tonnes pour la campagne 2010-2011 et 1.431.976 tonnes pour la campagne 2011-2012. En dépit de ces légères baisses, la Côte d’Ivoire reste le premier producteur mondial de fèves avec 40% de l’offre mondial de ce produit. 4- L’économie cacaoyère ivoirienne est également menacée par la faiblesse des capacités nationales de transformation. 5- En dépit de tout l’effort qu’ils consentent, les producteurs ivoiriens sont confrontés à de nombreuses difficultés, à savoir : a. la mauvaise qualité des voies de communication ; b. les faibles prix aux producteurs qui sont en deçà du seuil indispensable pour couvrir les charges d’exploitation et assurer un minimum vital aux producteurs ; en conséquence, les producteurs vivent dans un habitat précaire, accèdent difficilement aux soins de santé primaires et éprouvent beaucoup de difficultés à se nourrir et à scolariser leurs enfants ; c. le poids excessif des prélèvements étatiques sur les revenus des paysans ; d. un cadre juridique inapproprié d’accès à la propriété et à l’usage de la terre ; e. la faible organisation des producteurs (faiblesse des syndicats, des coopératives de producteurs, etc.), ce qui entrave la défense de leurs intérêts ; f. l’insécurité et le racket qui nuisent au niveau de vie des producteurs et au développement de l’économie paysanne, en particulier, l’économie cacaoyère en Côte d’Ivoire ; g. le faible appui technique de l’Etat aux producteurs pour la préservation de leurs vergers et l’amélioration de la qualité des produits : appui insuffisant à la fourniture d’engrais, de pesticides et de semences améliorées ; h. l’absence de crédits bancaires aux activités des producteurs ; i. la faible participation des producteurs aux prises de décisions concernant leurs filières ; j. le développement de la déscolarisation et de l’analphabétisme en milieu paysan ; k. la faible prise en charge médicale des paysans.

 

 

Les participants au Forum National ont noté les initiatives prises par le Gouvernement pour améliorer la situation actuelle, en particulier, les conditions de travail et de vie des producteurs. Ces initiatives sont :

 

1- l’adoption du système de prix garanti aux producteurs de cacao pour la campagne 2012-2013 avec des mesures pour assurer l’effectivité de l’application de ce prix garanti par la promesse de lutter contre les intermédiaires véreux et les rackets pratiqués par des éléments des Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) sur les routes ;

 

2- l’annonce de projets d’amélioration du réseau routier pour faciliter le transport des produits vers les lieux de commercialisation.

 

 

Face à ces difficultés relevées, les participants au Forum National ont décidé d’adresser au Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire, le présent mémorandum contenant les attentes des producteurs de Côte d’Ivoire.

 

Les participants demandent au Gouvernement de la République de Côte d’Ivoire :

 

1) de tenir compte, à l’avenir, des suggestions des organisations représentatives (syndicats, coopératives) de producteurs lors de la détermination du prix garanti ;

 

2) de renforcer le système de prix garantis ; d’appliquer les mesures annoncées et susceptibles de décourager les intermédiaires tentés par le contournement de la décision gouvernementale ; d’appuyer les efforts des producteurs qui s’opposent, à travers leurs organisations, aux intermédiaires qui refusent de se conformer au système de prix garantis ;

 

3) d’Intensifier la lutte contre le racket ; d’informer les producteurs sur l’évolution de cette lutte ; de faciliter l’accès des leaders des organisations de producteurs aux services administratifs de l’Etat chargés de la lutte contre le racket ;

 

4) d’assurer l’évolution du système de prix aux producteurs vers un système de stabilisation des revenus de ces producteurs ; d’adopter des dispositions qui favorisent l’évolution du système de rémunération des producteurs vers un mécanisme de protection des producteurs contre les variations défavorables des cours mondiaux ;

 

5) d’accroitre l’encadrement et l’appui technologique (fourniture d’engrais, de pesticides, transferts de technologie de séchage, etc.) de l’Etat et des institutions intéressées aux producteurs en vue de l’accroissement de la productivité et de l’amélioration de la qualité des produits ;

 

6) d’intensifier la recherche scientifique pour la pérennisation de la culture du cacao contre les effets du changement climatique, le vieillissement et les maladies des cacaoyers, etc. ;

 

7) d’améliorer le cadre juridique d’accès des producteurs agricoles (cacao, coton, anacarde, vivriers, etc.) à la terre, notamment par la réforme de la loi foncière du 23 décembre 1998 ; à cet effet, les mesures à adopter doivent être les suivantes :

i. prise en charge par l’Etat des frais d’immatriculation du certificat foncier afin que cette opération se réalise dans le temps prévu par la loi (dix ans) ; en effet, le coût exorbitant des frais d’immatriculation (plus de 300.000 F.CFA) par bloc est un obstacle infranchissable pour les petits producteurs (les plus nombreux) qui ne pourront pas se conformer aux dispositions de la loi et risquent d’être dépossédés de leurs terres.

 

En 2004, soit six ans après l’adoption de la loi aucun paysan n’avait réussi à réaliser l’opération d’immatriculation. A ce jour, novembre 2012, seuls 248 paysans ont pu acquérir ce titre de propriété, ii. exonération totale des paysans pauvres de l’impôt foncier prévu sur les terres bâties ou non bâties. Il est absurde de demander à des paysans qui vivent pour la plupart en-dessous du seuil de pauvreté (revenu inférieur à 1 dollar ou 450 F.CFA par jour) de payer des impôts sur des terres qui n’arrivent pas à les nourrir, iii. la prise en compte des transactions passées sous quelque forme que ce soit entre les paysans lors de la cession des terres antérieurement à la loi du 23 décembre 1998. Cette question mal résolue dans la loi est source de divisions, d’affrontements entre des paysans manipulés par des politiciens,

 

8) d’instituer un système d’assurance maladie pour les paysans ;

 

9) de prendre des mesures en faveur du développement de la scolarisation et de la réduction de l’analphabétisme en milieu paysan ;

 

10) d’améliorer le réseau routier pour faciliter la collecte et l’acheminement des produits vers les lieux de commercialisation ;

11) de mettre en place un système de financement des activités des producteurs de cacao.

 

 

Fait à Yamoussoukro, le 16 novembre 2012.

Le Forum National des paysans de Côte d’Ivoire

 

 

 

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte D’Ivoire