Plate forme

Plate forme de la Démocratie Révolutionnaire

POUR QUE S’ORGANISE FERMEMENT LE CAMP DE L’ALTERNATIVE AU REGIME NEOCOLONIAL

 

L’avènement du pouvoir RHDP est intervenu au terme d’élections présidentielles finalement controversées, achevées dans la confusion et dans la guerre. Cette guerre qualifiée de "postélectorale" fut une répétition de celle qui a suivi l’élection d’octobre 2000.

L’élection présidentielle de 1995 et celle de 2000 se ressemblent sur un point au moins ; elles ont été organisées grâce aux initiatives et moyens propres du pays. La dernière élection de 2010-2011 représente un recul par rapport à celle de 2000 et notamment par rapport à celle de 1995, sur deux points au moins : i) le recul des acquis en matière de souveraineté, en particulier dans le domaine de l’organisation des élections car elle a été entièrement organisée avec des moyens logistiques et financiers étrangers à la demande unanime de tous les partis bourgeois ivoiriens ; ii) l’intervention militaire française et onusienne a été directe dans le déroulement et le dénouement de cette dernière élection.

Le processus démocratique enclenché avec les mouvements de 1990 a été ralenti par les élections successives si bien que les libertés démocratiques attendues demeurent inachevées à ce jour. Tous les partis de la haute bourgeoisie (RHDP, FPI et autres) ont adopté des stratégies de conservation et d’accession au pouvoir basées sur l’opposition des peuples ivoiriens les uns contre les autres. La lutte pour la démocratie est alors dévoyée dans le tourbillon des oppositions ethnocentristes et régionalistes.

L’élection présidentielle de 2010-2011 avec ses milliers de morts (officiellement 3000 morts) a encore aggravé le recul démocratique. Malgré l’installation d’un nouveau pouvoir, le spectre de ce qu’il est convenu de nommer "crise postélectorale" suit encore le pays, puisque l’ex-président continue de revendiquer la victoire deux ans après (en témoigne son intervention début février lors de l’audience de confirmation des charges contre lui devant la Cour Pénale Internationale).

Rappelons qu’après l’élection présidentielle de 2010-2011, notre parti, le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire (PCRCI), a réuni son quatrième congrès ordinaire les 31 août et 1er septembre 2012 pour réfléchir sur l’avenir du pays, définir ses tâches dans le sens de la lutte pour la souveraineté de la Côte d’Ivoire pour que le peuple de Côte d’Ivoire acquiert la capacité de décider librement de son avenir.

Le PCRCI a confirmé à son quatrième congrès qu’il prend acte du fait qu’Alassane Ouattara est le Président de la République de Côte d’Ivoire. Il a parfaitement conscience que le pouvoir Ouattara est dans la continuité des détenteurs successifs du pouvoir néocolonial, qu’il est foncièrement pro-impérialiste et est un adepte du libéralisme économique sans frontières. Tenant compte de ces caractéristiques du pouvoir Ouattara, le dernier congrès de notre parti a élaboré des mots d’ordre mobilisateurs en direction du prolétariat, de tous les autres travailleurs et des peuples de notre pays pour un combat destiné à conquérir une république démocratique moderne. Le combat auquel le PCRCI appelle toutes les forces révolutionnaires et anti-impérialistes vise à régler les principaux problèmes que voici :

1)Lutter en vue de sortir le pays de la domination de l’impérialisme international, en particulier français. Il s’agit de promouvoir l’anti-impérialisme et le patriotisme de bon aloi qui reposent sur l’effort et l’héroïsme de la soixantaine de peuples de notre pays en luttant fermement contre tout ce qui peut diviser les peuples et ouvrir des brèches exploitées par les forces de domination et d’asservissement. Nous renouvelons notre appel aux travailleurs et au peuple ivoirien à mettre fin à la situation d’occupation du pays par les troupes étrangères ; il n’est pas à l’honneur du peuple ivoirien de continuer à cautionner le fait que les bourgeois ivoiriens mettent leur pouvoir sous le parapluie militaire français au terme "d’accords de défense" qui aliènent notre volonté de nous organiser selon notre génie propre. La lutte va consister à dénoncer sans relâche la présence des armées étrangères en Côte d’Ivoire et préparer ainsi les conditions permettant à l’armée ivoirienne de retrouver tous ses droits. Elle permettra de convaincre les personnes qui, du fait de leur perte de confiance dans les capacités nationales affirment, découragées, que sans l’armée française ou sans la France nous ne sommes rien. Les objectifs visés par les efforts de lutte à ce niveau peuvent être synthétisés en une formule : armées étrangères hors de la Côte d’Ivoire !

 

2)Lutter pour une constitution démocratique débarrassée des conceptions rétrogrades, des sources de déni de nationalité, des pouvoirs exorbitants accordés au président de la république et pour une réforme des institutions. Nous devons lutter pour une constitution mettant la souveraineté du peuple au-dessus de toutes les institutions pour éviter de s’entendre dire à l’avenir que la décision d’un président de conseil constitutionnel, par exemple, est au-dessus de l’expression populaire ; lutter pour faire triompher les idées favorables au règlement des questions de la nationalité ivoirienne loin des passions chauvines et tribalistes ; l’une des conditions premières étant le retour au droit du sol qui est conforme à l’évolution de l’éthique universelle.

 

3)Lutter fermement pour la liberté, la démocratie et de meilleures conditions de vie. Dans notre déclaration du 15 mai 2011, nous écrivions : " Les … adeptes de l’houphouétisme qui viennent d’accéder au pouvoir ont probablement la capacité de remettre le pays au moins au niveau où le régime d’Houphouët-Boigny l’avait laissé. Les infrastructures économiques et sociales seront en meilleur état. Les voies urbaines et interurbaines seront praticables. L’école sera dans un meilleur état même si des courants réactionnaires tenteront d’exclure la politique de l’école afin d’empêcher l’accès des élèves et étudiants aux idées révolutionnaires.

Il peut même arriver que le capitalisme international vienne massivement au secours du capitalisme ivoirien. …..".

Ces positions que nous avons prises en 2011 se vérifient aujourd’hui. Le taux de croissance économique est largement positif (plus de 9,8% en 2012), contrairement aux périodes précédentes. L’état des infrastructures s’améliore ; de nouveaux ponts, de nouvelles voies bitumées, de nouvelles infrastructures de production d’électricité (barrages hydroélectriques, turbines à gaz….), sont en construction. Une première interrogation est de savoir ce qu’ont coûté ou vont coûter ces réalisations au contribuable en coût effectif et en faux frais compte tenu du niveau élevé de la corruption du système Ouattara. Une deuxième question est de savoir ce que cette embellie rapporte au prolétariat et aux travailleurs en général. A cette dernière question, la réponse est que le prolétariat et les autres travailleurs n’ont pas obtenu grand ‘chose, du moins jusqu’à présent. Par exemple, les organisations patronales et de travailleurs se sont entendues pour rehausser le niveau du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) à 60.000 FCFA, mais, depuis plus d’un an le gouvernement traine pour prendre les décisions d’application de cet accord ; de même, des locaux des universités ont été rénovés, mais les étudiants éprouvent toujours les mêmes difficultés d’accès à l’instruction. Alors, tout porte à croire que les améliorations notées sont exclusivement faites au profit des capitalistes pour qu’ils réalisent des profits les plus élevés possibles. A ce niveau, notre combat est dirigé contre l’exploitation des travailleurs et l’accroissement de la misère sociale par les capitalistes.

Dans le contexte actuel de paupérisation, les différentes couches sociales sont amenées à se plaindre, se révolter et lutter. Les personnels du secteur de l’éducation/formation et ceux du secteur de la santé l’ont montré ces derniers mois. Les étudiants l’ont montré ce mois de mai 2013. La réponse du gouvernement est généralement la répression. La dénonciation de la répression contre ceux qui luttent sur le front social et politique va s’intensifier dans la période actuelle. Nous devons nous opposer à toute répression pour "délit politique" et "délit d’opinion", même camouflés en délits de droit commun. En particulier, nous nous opposons à toute répression contre des personnes en raison de leur proximité avec l’ancien pouvoir.

 

4)Amener les tenants du pouvoir à régler la question du foncier rural dans laquelle l’absence de réponse appropriée constitue une grave source de conflits. La question foncière dans les conflits à l’ouest et même dans d’autres régions est d’une grande importance. Ces conflits sont les reflets des contradictions autour de la propriété et de l’utilisation des terres coutumières, du flou juridique sur ces questions, du caractère informel des cessions de ces terres à des tiers, du laxisme de l’Etat dans la gestion des forêts classées.

Le code foncier rural adopté en 1998 était censé régler définitivement ces problèmes qui continuent d’endeuiller les campagnes ivoiriennes. Mais 14 ans après son adoption, les paysans continuent de se massacrer et le gouvernement semble impuissant. Seulement 248 titres de propriété sur des millions prévus ont été délivrés à ce jour. C’est donc un échec total de cette loi à la phase de sa mise en œuvre, ce qui rend nécessaire sa réforme. Sur la base d’un diagnostic et, surtout, après avoir écouté les paysans, le PCRCI, notre parti, a formulé des solutions dont les points essentiels sont la réforme de la loi de 1998 avec la prise en compte des droits acquis, la prise en charge par l’Etat, des frais d’immatriculation des propriétés foncières rurales, l’exonération des paysans pauvres et moyens des impôts fonciers, en respectant les accords sous-régionaux auxquels la Côte d’Ivoire est partie, notamment les accords de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), etc.

L’adoption de ces mesures permettra aux paysans d’accéder à la propriété foncière moderne (terres immatriculées) ; de régler équitablement les autres problèmes liés au domaine foncier coutumier sur la base du droit (prise en compte des droits acquis et des transactions); de préserver la campagne des conflits sanglants (mettre fin aux risques d’affrontements entre les paysans) ; d’éviter d’accroitre l’appauvrissement des paysans (exonération des impôts fonciers). La loi réformée ouvrira la voie vers la résolution des problèmes structurels de l’agriculture ivoirienne dont : insuffisance de développement du capitalisme, archaïsme des outils de production, méthodes arriérées de production, commercialisation des produits aux mains des multinationales, non transformation des produits.

5)Lutter contre l’impunité des crimes politiques. L’impunité est ancrée dans la société néocoloniale ivoirienne au point où le pays est entré dans une sorte de cercle vicieux. Les pouvoirs néocoloniaux successifs, depuis Houphouët-Boigny, l’ont couvert de tout temps après avoir paralysé la justice. Evoquer aujourd’hui la question de la lutte contre l’impunité des crimes provoque dans les rangs de ceux qui ont exercé le pouvoir une opposition systématique. A l’heure actuelle, trois opinions s’expriment principalement sur la question. La première soutenue par le PCRCI, est favorable à une lutte sans exclusive contre l’impunité des crimes politiques sans limitation de période. Les "pro-Gbagbo" et les "pro-Ouattara" doivent tous répondre de leurs actes. Cela veut dire que le principe doit être arrêté dès maintenant, par la loi, que tous les crimes politiques commis depuis 1960 sont imprescriptibles, c’est-à-dire qu’ils feront l’objet de poursuites sans limitation de durée. La seconde défendue par la coalition des partis au pouvoir prône une lutte principalement ou uniquement dirigée contre les dignitaires du pouvoir déchu connus sous l’appellation de "pro-Gbagbo" et pour les seuls crimes commis pendant la "crise postélectorale" ; cette coalition au pouvoir, dénommée les "pro-Ouattara" n’a pas encore surmonté ses hésitations par rapport aux poursuites contre les criminels de son bord. Cette position ne peut que renforcer l’impunité par une lutte discriminatoire contre ce phénomène. La troisième opinion défendue par les "pro-Gbagbo" est celle qui prône l’absolution pure et simple des criminels ; les motifs invoqués sont que la justice actuelle est celle des vainqueurs et qu’elle n’est pas digne de confiance. Cette conception ne permettra jamais de parvenir à un Etat de droit en Côte d’Ivoire, puisque tous les criminels invoqueront l’impunité des précédents criminels pour demander qu’ils soient dispensés de passer devant la justice. Or, même si actuellement la faiblesse de la justice est un fait, le combat pour avoir une constitution n’accordant pas des pouvoirs au président de la république sur la magistrature renforcera la justice, produira des juges probes qui ne seront ni aux ordres des tenants du pouvoir, ni corrompus puisqu’ils combattront les corrompus et les corrupteurs.

6)Pousser les tenants du pouvoir à trouver une solution diligente à la situation actuelle des personnes incarcérées ou en exil en lien avec la "crise postélectorale". En la matière, pour le PCRCI, certains principes doivent être respectés : le premier principe est le rejet de l’impunité des crimes politiques ; tous ceux qui sont convaincus de crimes doivent être jugés ; le second principe est le rejet du transfèrement des personnes soupçonnées de crimes quelle qu’en soit la gravité vers la Cour Pénale Internationale. Le PCRCI réitère sa position selon laquelle le transfèrement de Laurent Gbagbo à la CPI est un acte politique du gouvernement que nous dénonçons. Les moyens doivent être fournis à la justice ivoirienne pour connaître de tous les cas de crimes politiques et économiques. Le troisième principe est l’accélération des procédures de jugement des personnes interpellées afin d’éviter les abus. Le retour des personnes en exil doit être facilité, sans toutefois promettre l’impunité à personne.

La présente plate-forme se veut le socle sur lequel tous les révolutionnaires, anti-impérialistes se rencontreront pour discuter, lutter ensemble pour préparer les conditions de la libération de notre pays de la domination extérieure. Pour cela, il nous faut sortir au plus vite de la fausse idée selon laquelle c’est la présence française qui constitue le ciment de l’unité des peuples de Côte d’Ivoire. Il nous faut nous-mêmes inventer nos chants de ralliements, construire les bases et les instruments de notre unité et de notre victoire. C’est dans ce sens que travaille le PCRCI depuis des années ; c’est à cette lutte qu’il vous invite tous, prolétaires, autres travailleurs et peuples de Côte d’Ivoire. .

Fait à Abidjan, le 16 juin 2013

Le Comité Central

 

Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire